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Jeudi 17 mai 2012

Aimer ses enfants ne suffit pas

Psychanalyste familière des lecteurs du magazine Psychologies et des auditeurs de France Info, Claude Halmos propose chez Nil Editions un ouvrage tout sauf gnangnan qui démontre à quel point l'éducation est vitale à l'équilibre de nos enfants... Et au nôtre par la même occasion ! Des propos clairs, presque évidents quand on les lit, pourtant à contre-courant de la pensée psy généralement médiatisée. Elle nous explique « Pourquoi l'amour ne suffit pas ».

L’amour au sens large

COTEPARENTS-ENFAMILLE-CLAUDE HALMOS-LE MYTHE DU PERE NOEL-CM5©DR
Côté Mômes : L'une des premières choses que vous dites dans votre ouvrage est qu'un enfant ne s'élève pas à l'amour, en tout cas pas qu'à l'amour. Cela remet en cause l'idée si largement admise selon laquelle l'essentiel est d'aimer son enfant pour qu'il soit heureux.

Claude Halmos : L'amour parental, aujourd'hui, est implicitement assimilé à l'amour entre adultes. Donc, on le réduit aux sentiments. Des tas de parents, en toute bonne foi, considèrent que s'ils ont des sentiments forts pour leur enfant, c'est la garantie de son développement.

Or, l'amour parental ne peut pas se réduire à ça. C'est un amour particulier pour deux raisons principales. La première, c'est que ça suppose ce que Dolto appelait un « devoir d'éducation » parce qu'un enfant ne peut pas se construire tout seul, pas sans l'aide de ses parents. La seconde, c'est qu'il faut être conscient de la non possession de l'enfant. On élève un enfant non pas pour le garder pour soi - ce qui est opposé à l'amour entre adultes - mais, au contraire, pour qu'il soit armé pour partir.

L’amour n’est pas universel

C.M. : Vous dites très clairement, et c'est assez nouveau aussi, que l'on n'aime pas forcément ses enfants.

C.H. : C'est quand même très curieux. On est à une époque où il y a de la psy dans tous les coins et c'est comme si l'on fonctionnait en oubliant tout ce que nous a appris un siècle de psychanalyse, à savoir essentiellement que les êtres humains ne sont pas des animaux et ne sont pas programmés par l'instinct.

Ce qu'ils vivent passe par leur histoire, par la parole... Quand on raisonne en pensant que tous les parents aiment forcément leurs enfants, on fait comme si les humains étaient des mammifères comme tant d'autres avec une femelle qui lèche son petit et le reconnaît comme tel dès sa naissance. Or, pour que les parents puissent aimer leurs enfants, il faut soit qu'ils aient été aimés eux-mêmes, soit qu'ils aient conscience du manque qui a été le leur.

Un travail sur le long terme

C.M. : Ce que vous dites est intéressant parce que ça déculpabilise en quelque sorte les mères qui ne se sentent pas immédiatement en affinité avec leurs enfants...

C.H. : Je le répète, chez une femme humaine, le lien à l'enfant n'est pas là d'emblée. Et beaucoup de femmes qui accouchent dans d'excellentes conditions, qui ne présentent pas de pathologie me disent qu'elles ont mis du temps à reconnaître ce bébé comme le leur, ce qui est normal. Il y a une espèce d'adoption de l'enfant. L'enfant qui arrive est un enfant réel, forcément différent de celui que l'on a imaginé. Simplement parce qu'il est réel, même s'il est encore plus beau que ce que l'on espérait !

Article de Anne-Claire Thérizols

CRÉÉ LE 26 MARS 2009

MODIFIÉ LE 03 DÉCEMBRE 2009

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