
Côté Mômes : Votre livre révèle la vie intérieure très riche que vous aviez, enfant. Pensez-vous que les adultes oublient qui ils ont été, qu’il soit difficile pour eux d’écouter, d’entendre ce que les enfants ont à leur dire ?
Jacques Salomé : Je crois que chacun d'entre nous peut oublier, se souvenir ou revisiter chacun de ses enfants en fonction d'événements qui surgissent au cours de sa vie d'adulte et ainsi se réconcilier avec l'une ou l'autre de ses enfances. Certaines situations de l'enfance laissent des traces profondes, bonnes ou mauvaises. Le fait d'avoir des enfants réveille chez les adultes des émotions, des souvenirs ou encore réactive des blessures enfouies ou cachées. Au fond, être à l'écoute d'un enfant, c'est être capable d'avoir à la fois une écoute centrée sur ce que nous dit notre enfant et une écoute qui tente d'accéder à l'expression de son ressenti, des perceptions qui se sont inscrites en lui. Mais pour cela, il ne faut pas avoir peur de « réactiver » l’enfant qui est en nous.
CM : Vous racontez comment vous preniez sur vous le chagrin de votre maman. Pensez-vous que les enfants soient finalement des protecteurs de leurs parents ?
JS : Certains enfants, pas tous, peuvent en effet se « parentifier », c'est-à-dire prendre en charge la réparation des blessures d'enfance de leurs parents. Comme s'ils voulaient les soulager (par exemple prendre un peu de la tristesse d'une mère qui a perdu un enfant ou prendre les soucis d'un père qui a été licencié…). L'intensité de leur ressenti va dépendre du moment où ils vont inscrire en eux ce que j'appelle des fidélités ou des loyautés invisibles.
CM : Comment interprétez-vous aujourd’hui la maladie qui vous a « cloué » pendant quatre ans sur un lit d’hôpital ?
JS : J’ai vécu ma maladie, au moment où elle a surgi dans ma vie, à 9 ans, comme une injustice. Ce n'est que plus tard que j'ai pu en comprendre le sens. Cette maladie a changé entièrement le cours de ma vie. Le fait de séjourner durant 4 ans en sanatorium, couché, plâtré des chevilles jusqu'au cou, partageant à plein temps la vie de camarades malades comme moi m'a ouvert sur la lecture, les études, à décuplé les ressources de mon imaginaire, m'a fait découvrir l'importance de la relation, la nécessité d'avoir des échanges en réciprocité, stimulants, vivifiants et surtout de trouver une cohérence à mon existence, dans le fait de transmettre plus tard ce que j'avais appris sur les relations humaines.
CM : Finalement, vouloir faire le bonheur de son enfant à tout prix n’est-il pas un leurre ?
JS : Vous avez tout à fait raison : il ne s'agit de vouloir à tout prix rendre nos enfants heureux car, dans ce cas, on dépose trop de nos angoisses, de nos peurs, de nos désirs ou de nos rêves avortés. Il ne s'agit pas non plus de "réparer" nos propres difficultés scolaires en voulant qu'ils réussissent en classe. Il s'agit de les accompagner : la fonction d'accompagnement est une fonction fondamentale qui consiste à être présent, attentif, soutenant, valorisant et surtout stimulant pour nos enfants.
Article de Anne-Claire Thérizols
CRÉÉ LE 08 DÉCEMBRE 2009
MODIFIÉ LE 14 DÉCEMBRE 2009

















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