9% des petits Français vivent dans une famille recomposée (source : Insee Première, octobre 2009), la plupart du temps avec un beau-père. Si elle ne partage pas souvent le quotidien de l’enfant, la belle-mère est pourtant tout autant exposée aux conflits, aux difficultés avec les enfants de son conjoint. Surtout lorsqu’il s’agit de filles…

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La vie ne ressemble pas aux contes de fées : au quotidien, ce sont plutôt les enfants qui ne sont pas tendres avec leur belle-mère. Du moins au début, lorsque le lien n’a pas encore eu le temps de se nouer. La complicité s’installe-t-elle plus facilement entre un garçon et la nouvelle femme ? « Peut-être, répond Catherine Audibert.
Avec une fille, il y a nécessairement de la rivalité. Dans une famille « ordinaire », elle s’exprime aussi avec la mère, essentiellement durant la période oedipienne et à l’adolescence. Mais avec la belle-mère, elle se manifeste plus intensément, voire plus douloureusement, surtout chez les petites ou jeunes filles qui ont pris l’habitude de vivre seules avec leur père. En fusion avec lui, certaines supportent difficilement de voir leur papa désirer une autre femme. D’autant que lorsque la belle-mère débarque dans le cercle familial, poursuit la psychanalyste, c’est l’occasion rêvée pour l’enfant de trouver en elle, en sa personne réelle, de quoi canaliser toutes ses déceptions, afin de conserver l’image d’une mère idéale. »
Pour l’enfant et particulièrement la fille, la belle-mère incarne facilement la « mauvaise mère », celle sur laquelle elle pourra décharger ses ressentiments, reproches et frustrations. C’est le bouc émissaire idéal ! Surtout si la séparation s’est déroulée dans la haine et que la mère des enfants s’est sentie abandonnée ou trahie…
Le comportement de l’enfant, et de la fille en particulier, est en effet largement conditionné par l’attitude de sa mère. Avant l’adolescence, l’enfant n’a pas beaucoup d’autonomie affective et de pensée. Il est très facile pour ses parents de l’influencer. Si la mère a « digéré » la séparation, si elle a elle-même refait sa vie et si elle est prête à reconnaître que ses enfants peuvent tirer des avantages de cette nouvelle situation « recomposée », alors la belle-mère a toutes les chances d’être accueillie favorablement. Dans le cas contraire, la belle-mère ne peut être perçue positivement.
« La rivalité maternelle prend alors le pas sur la rivalité sexuelle, analyse Catherine Audibert. Deux femmes se partagent d’une certaine façon le même homme (même si c’est en des temps différents), mais surtout deux femmes se partagent l’amour des enfants de la première. Si les mères finissent par renoncer au mari, elles ne renoncent pas à être la Reine Mère pour leurs enfants. Elles feront alors tout en leur pouvoir pour que ceux-ci ne puissent pas aimer la nouvelle épouse de leur ex-mari autant qu’ils l’aiment, elles. »
Si la fille s’est identifiée à sa mère, si elle se sent elle-même trahie ou délaissée, cela risque d’être compliqué pour la nouvelle compagne !
Pour surmonter l’hostilité de l’enfant et créer une relation de connivence, la belle-mère a besoin du père.
A cause de leur fréquente culpabilité, les pères peuvent mettre un certain temps (ou jamais) avant de recadrer les choses et donner une vraie place à leur nouvelle compagne. Ils vont, par exemple, hésiter à la présenter à la mère de leurs enfants, l’écarter de toute décision qui la concerne pourtant (date des vacances), accorder toute leur attention à leurs enfants sous prétexte qu’ils ont beaucoup souffert… Un lien trop fusionnel entre le père et sa fille peut alors susciter troubles et conflits, dommageables pour tous. De peur de perdre son amour, ou dans l’incapacité d’affirmer sa fonction paternelle, le père peut en effet entretenir avec sa fille une relation davantage basée sur la séduction que sur l’autorité. Conséquence : la fille se place à parité avec sa belle-mère. Et les conditions de la mésentente, voire du rejet, sont réunies…
Il arrive aussi dans certains cas que le père, frustré par l’absence de ses enfants, compense le week-end en se prenant « pour la mère ». « La belle-mère s’aperçoit alors rapidement que la place ne peut lui être faite par un père qui jouit de pouvoir concrétiser ses fantasmes de « maternité », ajoute la psychanalyste Catherine Audibert. »
Au père, donc, de désigner en paroles comme en actes sa compagne comme partenaire conjugale, tout en accordant bien sûr à sa fille toute l’attention qui lui revient. C’est à cette condition que chacun pourra prendre sereinement sa place dans cette nouvelle configuration familiale qui ne doit pas prêter le flanc à la confusion des générations et des fonctions symboliques mère/fille/compagne.
Article de Valérie Josselin
CRÉÉ LE 17 JUIN 2011
MODIFIÉ LE 03 OCTOBRE 2011


















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