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Lundi 21 mai 2012

Apprendre à parler : de la maîtrise du verbe à la maîtrise de soi

Linguiste éminent, Alain Bentolila publie un ouvrage majeur où la question du langage devient une urgence sociale qui touche aussi bien les parents, dans leur fonction éducative, que les institutions. Parce que la vie de la cité est d'abord une affaire de mots.
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Côté Mômes : « Le verbe contre la barbarie », votre livre va bien au-delà d'une simple question linguistique et met en exergue de véritables enjeux de société. Est-ce que le linguiste que vous êtes est devenu sociologue ?

Alain Bentolila : Je pense que la linguistique ne peut pas se contenter d'être purement descriptive et se désintéresser du destin des peuples qui parlent. Les langues ne sont pas détachées des gens. La linguistique, qui décrit effectivement les langues, décrit aussi la façon dont on les utilise, les inégalités dans l'accès au langage, les conséquences de ces inégalités, la façon dont on les enseigne... tout cela influe considérablement sur le destin scolaire et social des enfants. Alors effectivement, je me situe sur le terrain sociologique, comme sur le terrain philosophique ou psychanalytique, mais en linguiste.


CM : Vous regrettez que la question de la maîtrise de la langue n'ait pas été assez prise en compte, notamment par les politiques. Jusqu'à quel point cette carence pèse-t-elle sur la justice et la paix sociale ?

AB : Elle pèse d'un poids considérable. Je ne crois pas qu'il suffit de parler pour ne pas se faire la guerre ou se laisser entraîner par la violence. Mais, lorsqu'on a appris à un enfant ce que parler veut dire, c'est-à-dire cette capacité d'oser entrer dans l'intelligence d'un autre et de recevoir l'autre dans son intelligence avec autant de bienveillance que de vigilance, alors cet enfant prendra le temps du dialogue avant de passer à l'acte. Quand la langue est utilisée comme une mise en relation de deux intelligences comme un passeur de pensée, alors, dans ce cas-là, la langue peut différer l'acte violent. Dans l'histoire récente de la gare du Nord, où à partir d'un incident banal somme toute, on passe dans la seconde qui suit à l'acte violent. Pourquoi ? Parce que d'un côté comme de l'autre, on a des gens qui souffrent d'une incapacité totale à ouvrir un dialogue pacifique, à expliquer les choses. Pacifique ne veut pas dire complaisant ou docile, mais une parole qui s'ouvre, explique demande, questionne et reçoit avec tout le respect nécessaire. Dans un cas comme dans l'autre, les deux parties étaient dans l'incapacité de faire ce pas là. Alors, comme il n'y a pas de recours à l'argumentation, ça part immédiatement en affrontement, en violence, en meurtrissures.

Article de Laurent Rochut

CRÉÉ LE 30 MARS 2009

MODIFIÉ LE 19 AVRIL 2009

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