Des petites filles qui jouent les femmes, c'est aujourd'hui monnaie courante. Dans une société où le sexe est omni présent, nos filles adoptent très jeunes les codes de l'adolescence : elles développent des attitudes de séduction, arborent des tenues afriolentes et utilisent leur corps comme outil de socialisation... Les petites filles seraient-elles des femmes avant l'heure ?

© Istock
Jeans ultra taille basse, top moulant et maquillage provocant... Ce n'est pas une lycéenne que vous avez sous les yeux, mais bien une enfant de dix ans. C'est à n'y rien comprendre. « C'était mieux avant », pourrait-on soupirer... Mais essayons plutôt de comprendre ce phénomène.
Si l'âge du premier rapport sexuel stagne à dix-sept ans, le sexe semble avoir envahit les pensées de nos têtes blondes bien avant cet âge. Consciemment ou pas ? En tous cas, l'hypersexualisation du monde qui nous entoure n'y est pas pour rien. Ce concept qui nous vient d'Outre Manche désigne le caractère sexuel apporté à ce qui n'en a pas. On vend du yahourt en montrant des femmes nues, des voitures comme signe extérieur de virilité, du déodorant masculin censé pervertir la gente féminine... Tout y passe. Et dans un monde où tout circule en 2.0, nos bambins évoluent dès leur plus jeune âge dans l'idée que le sexe est partout, omniprésent et vecteur de popularité. La pornographie joue elle aussi son rôle, parce qu'elle est disponible aux plus jeunes, mais peut-être plus encore parce que la forme sous laquelle elle est la plus démocratisée est basée sur les désirs masculins et sur une vision déformée de la sexualité.
Les chercheurs du Centre de Recherche de d'Information des Organisations Consommateurs (CRIOC) sont allés à l'encontre des ados pour connaître leur définition de l'hypersexualisation. C'est « faire croire aux jeunes que pour être bien, il faut être sexy », selon certains des sondés. « On les incite à entrer dans la sexualité trop tôt. » Des codes que les plus jeunes s'approprient, sans forcément les comprendre. Car même si la puberté arrive de plus en plus tôt chez les jeunes filles, la maturité et la compréhension du sexe ne va pas avec.

© Veet
Les publicitaires et les marques ont bien compris qu'une nouvelle catégorie de consommatrices venait de voir le jour. On utilise maintenant le sexe pour vendre des produits destinés à de très jeunes filles, normalisant leur féminisation précoce.
La marque de produits d'épilation Veet a ainsi provoqué un véritable tollé il y a quelques mois. L'objet du scandale ? Une campagne de publicité massivement diffusée, accompagnée d'un site internet spécialement dédié, s'adressait aux très jeunes filles et pronait l'épilation intégrale. Cette publicité reprenait tous les codes des petites filles : des chatons qui ressemblent à ceux du jeu “pet shop”, un décor utra girly, un vocabulaire enfantin… « Quand mon minou est tout doux, il aime être carressé partout », fanfaronnait le chat en question en se déhanchant. Le tout accompagné d’un jeu en ligne qui consistait à épiler virtuellement l’animal, inspection d’un gros matou à la clé. Minou imberbe : bravo ! Sinon, le matou tournait les talons, écœuré.
Deux jours après sa mise en ligne, la campagne a provoqué un véritable déferlement de plaintes. Pour seule réponse, Veet a supprimé sa campagne de la toile, et s'est s’excusé pour le « malentendu ». La marque a parfaitement atteint son but : grâce à la suppression du site et de la publicité, le “minou” plutôt douteux a fait parler de lui. La vidéo se répand toujours comme une trainée de poils sur la toile.

© Abercrombie
La marque de prêt à porter Abercrombie & Fitch a elle aussi fait preuve d'un mauvais goût qui n'est pas passé inaperçu. Pourtant habituée à des campagnes pronant une image de teenagers sains à l'américaine, la marque a fait en mars dernier un faux pas de taille. Une nouvelle ligne de maillots de bain pour fillettes de 7 à 14 ans nommée Ashley... avec des hauts de bikini rembourrés.
Sous les critiques des pédospychiatres et des parents, la marque a purement et simplement fait disparaître sa ligne de push up pour enfant.

© Ma Bimbo

© Vogue
En Décembre dernier, le magazine Vogue a publié une série mode mettant en scène une petite fille dans des poses lascives, le tout avec une mise en scène érotisée. Le vice était même poussé jusqu’à placer la petite fille sur une peau de bête... du meilleur goût. Une lettre ouverte, signée par 150 pédiatres, médecins de l’Éducation Nationale et de la Protection maternelle et infantile, a été immédiatement adressée au magazine. Le motif, aussi évident soit-il : protester contre l’instrumentalisation d’enfants à des fins commerciales.
D’après Elisabeth Pino, pédiatre soutenant la pétition, « l’âge pré-pubertaire est une ligne de démarcation qu’il est toujours abusif de franchir ». Difficile de désapprouver, même si nombreuses sont les lectrices qui ont dû tourner les pages sans s'attarder. Selon les conclusions de la pétition, il s'agit d'une vraie question de société. « Il serait temps d’ouvrir un débat réel sur (…) la façon dont nous abreuvons nos enfants d’injonctions contradictoires : il leur est demandé de consommer, mais aussi de se retenir, de régir les achats de leurs parents tout en leur obéissant et, aux petites filles, d’être “sexy” avant dix ans, mais de se méfier des adultes qui pourraient y être sensibles… Derrière ce que rapporte à certains cette sur-exploitation de l’enfant, n’y a-t-il pas, pour la société, un prix caché que nous refusons de voir ? »
Selon les chercheurs du CRIOC, les images à caractère sexuel mettent en avant des stéréotypes de genre. Résultat : « La féminité est décrite comme passive, mettant en jeu la beauté, la minceur, la douceur, la maternité, la disponibilité, tandis que la masculinité révèle de l'action et touche à la force, la compétitivité, la rationalité, la domination. Les deux modèles proposés sont 'la salope' et 'l'étalon' ». Se conformer à ces normes est en soi avilissant et dangereux. Ne l'est-il pas encore plus quand il s'agit d'enfants ?
Article de Clarence Edgard-Rosa
CRÉÉ LE 19 AOûT 2011
MODIFIÉ LE 19 AOûT 2011
















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