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Lundi 21 mai 2012

Coraline, beauté éphémère

Coraline Jones, petite aventurière de dix ans, s'ennuie à mourir dans sa nouvelle maison, un manoir sinistre perdu à la sortie de la ville. Ses parents ayant mieux à faire que de s'occuper d'elle, elle décide d'explorer la demeure et découvre, dissimulé sous le papier peint, un passage secret menant à un monde merveilleux, reflet idéalisé de sa propre vie. Mais le rêve tourne vite au cauchemar...

Henry Sellick, artisan génial

photo 44 hires copie©DR
Alors que le monde de l'animation semble avoir cédé à la mode de l'image de synthèse, un petit animateur résiste encore et toujours à l'envahisseur. Peu connu du grand public, Henry Sellick est depuis plus de dix ans un des maîtres de l'animation image par image, technique vieille comme le cinéma, au rendu infiniment plus humain que l'animation par ordinateur. Henry Sellick est surtout le réalisateur méconnu d'un des films les plus cultes de ces dernières années : L'Etrange Noël de Mr Jack, souvent attribué à tort à Tim Burton, qui en signe tout de même scénario et design.

D'un artiste à l'autre, Henry Sellick adapte cette fois ci une œuvre de Neil Gaiman, auteur branché versant lui aussi dans le gothique (décidément). Las ! Burton n'a certes inventé ni les chats noirs, ni les squelettes, mais son univers est tellement fort qu'on ne peut s'empêcher de le voir dans chaque plan du film. Ne boudons pas notre plaisir : Coraline a un petit air de déjà vu, mais fourmille d'idées fantastiques, du spectacle de souris sauteuses du fabuleux Bobinski au piano jouant lui-même de ses musiciens. La technique d'animation parfaitement maîtrisée livre un film magnifique, appuyé par la très belle musique du français Bruno Coulais, pourtant coupable de la bande-son des Choristes en 2004.

En attendant Tim Burton...

Mais la beauté plastique du film, à l'image du monde fantastique que croit découvrir Coraline, serait-elle un paravent pour cacher la misère ? Irréprochable esthétiquement, Coraline est un peu faiblard côté scénario. Construite à la manière d'un jeu vidéo, l'histoire se perd un petit peu dans sa seconde partie, la noirceur de la fin éclipsant la magie du début, et on s'ennuierait presque. La morale finale remplit bien son office : on espérait un peu plus d'originalité dans un récit qui n'hésitait pas, jusque là, à prendre des risques.

Coraline reste un divertissement de grande qualité, à déconseiller aux plus jeunes (certaines scènes sont réellement effrayantes). Il lui manque néanmoins un petit supplément d'âme pour entrer directement dans le cœur du spectateur. N'est pas Tim Burton qui veut.

Coraline, sortie le 10 juin 2009, pour les plus de six ans

Article de Nicolas Sykas

CRÉÉ LE 08 JUIN 2009

MODIFIÉ LE 14 JUIN 2009

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