Aux grands classiques, les grands moyens. Pour adapter à l’écran le conte de Dickens, Robert Zemeckis a choisi de passer dinde, neige, sapin et acteurs à la moulinette 3D, pour un résultat fidèle mais décevant.

Le cinéma de Noël a deux buts : remplir les salles à l’approche des fêtes et combler les grilles des chaînes télé pour les jours fériés des 10 prochaines années. Genre ultra codifié, il se doit de réunir les indispensables habits de fête (neige, sapin, bons sentiments…), un acteur « familial » (Jim Carrey, spécialiste du genre depuis le sans intérêt Grinch en 2000), et une histoire connue de tous. Cette année, c’est tombé sur le Scrooge de Charles Dickens. Pourquoi pas.
Amer, grincheux, rapia et paria dans sa propre famille, Mr Scrooge est le marchand le plus désagréable de Londres. S’il concède à son employé un jour de congé pour Noël, il ne compte pas se prêter lui-même à la grande mascarade des fêtes. Une soupe et au lit. Evidemment, l’esprit de Noël va s’en mêler et l’amener à changer en lui montrant ses erreurs passées et leurs funestes conséquences…
Le drôle de Noël de Scrooge est la troisième tentative de Robert Zemeckis pour imposer sa technique appelée performance capture, à savoir filmer des acteurs bardés de capteurs puis modéliser tout ça en 3D pour un rendu entre la prise de vue réel et le film d’animation. Ça n’avait pas marché pour Le pôle express, ça n’avait pas marché pour Beowulf et, surprise, ça ne marche pas pour le drôle de Noël de Scrooge.
Bien sûr, cette technique permet un respect parfait à l’univers de Dickens : Londres est superbe, réaliste, crédible, le tout pour bien moins cher qu’un plateau en chair et en bois. Mais le rendu est moins beau, et surtout moins vivant. Au nom du respect, on sacrifie la spontanéité des comédiens : peut-on réduire le jeu d’un acteur à de simples gesticulations sur fond vert, aussi bien numérisées soient-elles ? C’est d’autant plus regrettable que le casting, Jim Carrey en tête, est très convaincant. Comme affublés d’un énorme costume numérique, les acteurs se débattent pour faire passer un peu d’humanité à leurs doubles et y arrivent parfois. On regrette toutefois que le masque ne tombe jamais complètement.
Cerise sur le gâteau, le film est projeté en 3D : on a toujours du mal à voir autre chose qu’un gadget dans cette technologie qui enlève l’intensité des couleurs et fait mal au nez (aïe, les lourdes lunettes en plastique !), mais bon…
Le drôle de Noël de Scrooge est un drôle de film qui se met lui-même des bâtons dans les roues : en privilégiant la technique à tout prix, Robert Zemeckis signe un film honnête mais passe à côté du classique qu’on pouvait attendre. Pas mal, mais pas plus.
A partir de six ans
En salle depuis le 25 novembre 2009
Article de Nicolas Sykas
CRÉÉ LE 17 DÉCEMBRE 2009
MODIFIÉ LE 18 DÉCEMBRE 2009












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