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Mardi 22 mai 2012

Dossier - Education des enfants de 3 à 12 ans

Sylvie Rostain préside l’association Mille Mots & Plus qui aide des mineurs majoritairement déscolarisés à leur entrée en prison, souffrant d’illettrisme, de difficultés de lecture et d’un fort déficit lexical. Elle nous livre ses motivations, ses projets, ses espoirs.
éducation-prison2©istock
Côté Mômes : Qu'est-ce qui a motivé votre envie de créer Mille mots puis Mille mots & plus avec Alexandre Jardin ? Sylvie Rostain : Tout ce qui me motive dans la vie, c'est le lien. Il est très dommageable que chacun reste dans son rail, n'ait pas la possibilité d'aller au-delà. Cela crée des mondes parallèles, ce qui attise les peurs. La banlieue, par exemple, c'est un monde à part, mais pas autant qu'on veut bien le penser. Deuxième considération : lorsqu'on a été incarcéré, même pour des faits mineurs, on est marqué au fer rouge et on ne peut pas trouver d'emploi. Et puis, l'expérience de Mille mots nous encourage à continuer : en quatre ans d'application de ce programme, on a eu un seul abandon. Aussi bien du côté de l'administration pénitentiaire que des mineurs ou des bénévoles, tout le monde trouve cela formidable. Les équipes sont demandeuses d'une année sur l'autre, les mineurs sont quasi tous volontaires et le comportement des mineurs qui suivent Mille mots pendant un certain temps change de façon extrêmement visible. Ils restent assis en cours, ils sont beaucoup plus assidus, beaucoup plus attentifs.

CM : Comment les bénévoles sont-ils recrutés ?
SR : Ce sont les équipes des maisons d'arrêt qui, dès l'instant où elles ont accepté de recevoir 1000 mots, recrutent leurs bénévoles - deux ou trois par maison d'arrêt - et ils les recrutent autour d'eux, dans les milieux associatifs, dans les mairies et pourquoi pas dans leurs familles. Ce sont des gens plutôt retraités qui ont souvent été éducateurs ou enseignants ou des femmes qui ne travaillent pas. Lire un livre et en expliquer le vocabulaire ne demande pas une technicité mais le fait d'avoir été enseignant donne une méthode pour aborder les choses. Or, nous ne faisons pas d'angélisme - ils sont quand même là pour un délit - et nous ne pouvons pas fonctionner non plus par altruisme ou en ayant pitié de ces jeunes. Nous devons avoir assez de recul pour leur être utiles. D'autre part, les bénévoles ne connaissent pas le dossier du mineur. Si ce dernier veut leur dire, pourquoi pas, mais ça s'arrêtera là. En général, les bénévoles ne voient pas les mineurs en dehors de la maison d'arrêt une fois qu'ils sont sortis même si des liens très forts se tissent parfois pendant la durée du programme.

Article de Anne-Claire Thérizols

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