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Côté Mômes : Dans La fabrique du crétin, vous expliquez pourquoi et comment selon vous les pouvoirs publics, depuis les années 70, ont volontairement « orchestré la baisse de niveau » de l'école pour « assujettir les consciences ». Vous précisez que l'échec scolaire n'est pas un échec du système mais sa « raison ultime ». Qui sont les vrais coupables de ce crime en réunion que vous décrivez ? Les gouvernements successifs ?Jean-Paul Brighelli : Volontairement...Il faut y mettre un point d'interrogation mais en tout cas, ils l'auraient fait exprès qu'ils n'auraient pas mieux fait ! D'un côté, on a de vrais imbéciles, tous ceux que j'appelle les « pédagogistes », qui détruisent le système au nom de bonnes intentions. Qui sont-ils ? Il y en a qui ont enseigné mais pas tant que ça. Il y en a beaucoup qui ont quitté très tôt l'enseignement pour enseigner les sciences de l'éducation. Il y a aussi des gens qui sont devenus inspecteurs, recteurs, qui depuis 25 ou 30 ans n'ont jamais eu un élève réel en face d'eux. C'étaient des gens de l'extrême gauche chrétienne des années 68, la Jeunesse Ouvrière Chrétienne. Ils sont partis sur de très bonnes intentions, sur l'idéologie d'égalité des chances.
Mais en mettant l'égalitarisme au cœur du système, ils ont produit plus d'inégalités que ce que le système élitiste qui était celui des années 50-60 n'avait réussi à fabriquer.
L'égalitarisme est actuellement la première matrice des inégalités. La preuve, c'est que cette école des pédagogues a produit parallèlement
le boom des écoles privées, la montée en flèche du commerce du soutien scolaire... Si bien qu'actuellement,
on ne s'en sort que si l'on a de l'argent. Et puis, dans les années 70, au moment où le chômage se met à monter, un certain nombre de gens à droite se sont dit, de façon un peu légère, qu'il fallait faire de la formation light pour combler des bas emplois qui permettraient de caser tous les gens qui se retrouvaient sur le flanc. Ça a été une certaine étape du capitalisme. Les chocs pétroliers ont été le début du libéralisme au sens où on l'entend actuellement, celui de la mondialisation. Un certain nombre de théoriciens se sont dit, là, on va fabriquer des gens taillables et corvéables que l'on va poser, déposer, reposer, des pions !
L'une des plus grandes machines à perdre que l'on n'ait jamais mise en place dans le système éducatif, c'est le collège unique, en 1975, pensé par les deux grands apôtres de l'égalité si je puis dire : René Haby et Giscard d'Estaing. La dernière grande apocalypse molle, ça a été la loi de 89. Elle a été bourrée de bonnes intentions mais l'on entend Philippe Mérieu - lé créateur des IUFM, NDLR-
dire aujourd'hui que sa formule de « l'élève au centre » était malheureuse, qu'il aurait dû dire « le savoir au centre ». Sacrée nuance !