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Mardi 22 mai 2012

Y a-t-il trop de psys autour des enfants ?

Edwige Antier : «C’est extraordinaire une société où l’on réfléchit sur son rapport avec son enfant ».
EDWIGEANTIER-YATILTROPDEPSYSETC-photo1©DR

Pédiatre et psychothérapeute de renom, Edwige Antier a publié  "Dolto en héritage" chez Robert Laffont. Celle qui a voué sa vie à l'épanouissement des enfants - et de leurs parents ! - nous livre ici ses réflexions quant à la bonne utilisation des psys.

Les consultations psy dédiées aux enfants ont doublé en quelques années. Est-ce un phénomène de mode ou les enfants vont-ils plus mal qu'avant ?
Ce n'est pas tant que les enfants aillent plus mal qu'avant, mais depuis que Dolto a dit : "le bébé est une personne", et l'a fait comprendre aux parents, on ne peut plus considérer le nouveau né seulement comme un tube digestif (« un corps et des comportements à dresser » : ça veut rien dire), mais comme un être à comprendre. Le psychisme de l'enfant est devenu passionnant à découvrir pour les parents - qui sont revenus vers leur propre enfance - et en même temps, ils se sont rendu compte que le développement de l'enfant était très dépendant de leurs propres attitudes : responsabilité assez vertigineuse ! On ne peut donc pas parler de mode, ça a vraiment été le début d'une nouvelle ère, une révolution : la reconnaissance de la vie psychique de l'enfant. Autrefois, on était entouré de "sorciers", de prêtres, un tas de personnes s'occupaient de la vie psychique. Aujourd'hui, on les appelle psychologues, pédopsychiatres ou psychothérapeutes. Ils ont la même fonction, mais ils se basent sur de véritables études et connaissances.

Détresse des parents ou détresse des enfants?

trop de psy-ouverture©istock
Les parents viennent-ils toujours de façon justifiée ?
Il est toujours justifié de vouloir mieux comprendre son enfant. On ne consulte pas toujours parce qu'il y a une problématique risquant d'évoluer de façon néfaste, on peut vouloir simplement une attitude plus positive avec son enfant. Donc c'est toujours justifié. C'est même extraordinaire une société où l'on réfléchit sur son rapport avec son enfant !

A quoi, en revanche, reconnaît-on qu'une consultation s'impose ?
Vous savez, Freud avait donné une très bonne définition de qui doit recourir au psychanalyste. Aux adultes, il disait : "consultez lorsque vous n'êtes pas capables d'aimer quelqu'un et lorsque vous n'avez pas de goût à travailler". Pour l'enfant, c'est pareil. Si l'enfant est en échec scolaire complet, en refus d'apprendre, s'il n'a pas de copains et passe son temps triste, enfermé, voilà les motifs essentiels de consultation. Chez les tout petits (les 6 premiers mois), ce serait plutôt lié à la maman. Si elle n'a pas envie de travailler, si elle n'a pas envie de s'occuper de sa maison, de son bébé, si elle pleure le matin, si elle est trop triste pour pouvoir jouer avec son enfant, lui sourire, si ça va mal avec son compagnon ou son époux, le bébé le ressent. Au début d'une vie marquée par l'unité mère-enfant, si le bébé est triste, s'il ne mange pas, s'il dort mal, ce sont souvent les deux qui doivent consulter.

On a parfois l'impression que les parents sont dépassés, perdus, qu'ils culpabilisent ou ont peur de mal faire. Ont-ils perdu confiance en eux ?
A vouloir comprendre leur enfance, ils y retombent eux-mêmes. Dolto a dit "il faut parler à votre enfant, c'est un être de parole". Alors beaucoup ont cru qu'il fallait tout lui dire. Mais ce que Dolto signifiait, c'est "il faut lui dire les vérités qui le concernent". Il n'est pas bon en effet de tournebouler un enfant avec des tas de discours et des justifications incessantes. Doté dès la naissance d'une intelligence sensorielle extraordinaire, il n'en retiendra que le ton angoissant. Dolto nous a livré un véritable alphabet du psychisme enfantin : je le mets à la portée des parents pour qu'ils discernent ce sur quoi ne pas dériver. Pendant vingt ans les mamans imprégnées de psychologie ont cru que tout comprendre signifiait tout permettre, mais ce n'est pas du tout ce que disait Françoise Dolto ! Son discours a été brouillé par celui des post soixante-huitard : "il est interdit d'interdire", ce n'est pas Françoise Dolto. Elle disait plutôt : "vous ne devez pas devenir des toupies trimballées par votre enfant". Les pères et les mères d'aujourd'hui font souvent des virages à 180°, c'est-à-dire qu'ils « comprennent » tout, et tout d'un coup, ils lèvent la main. Comme me disait un enfant récemment, "les parents, ils sont bizarres, ils nous laissent faire des tas de choses que l'on ne devrait pas faire et tout d'un coup ils se fâchent, on ne comprend même pas pourquoi". Quand vous êtes illogique, le message ne passe pas. Du coup, les enfants perdent le respect envers leurs parents.

Article de Anne-Claire Thérizols

CRÉÉ LE 28 MARS 2009

MODIFIÉ LE 31 MARS 2011

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