
Depuis trente ans, les pouvoirs publics mènent un vaste mouvement de regroupement pour réduire les coûts de l'hôpital public. Ce plan implique la fermeture des « petites » maternités, dont on estime qu'elles ne réalisent pas assez d'accouchements. C'est ainsi qu'en 1975, 745 065 bébés naissaient dans 1369 maternités tandis qu'en 2010, ils étaient 797 700 à voir le jour dans 589 maternités dont 386 appartiennent au secteur public et 203 au secteur privé (2). En trente-cinq ans, le nombre de lieux où accoucher a diminué de 57%. La principale raison invoquée pour justifier ces fermetures est la sécurité des mères et des enfants, car on estime que des praticiens qui ne pratiquent pas assez perdent en efficacité. Vrai, bien sûr. Mais la sécurité de l'accouchement ne réside-t-elle que dans le geste technique et l'équipement ?
Non, pensent les associations de défense des usagers du système de santé, qui ne cessent de rappeler que la grossesse n'est pas une maladie et que la sécurité n'est qu'une composante de la qualité, une condition indispensable, certes, mais pas suffisante. L'accouchement, un événement physiologique, se voit transformer en un acte médical et donc potentiellement risqué. Pour limiter ce risque, on commence par en réduire la durée. L'association Césarine, qui procure soutien et information autour de la césarienne (4) fait remarquer qu'au début des années 80, « un laps de temps de 24 heures entre les premières contractions et la naissance était tout à fait normal. Aujourd'hui, ce n'est plus le cas. On s'inquiète quand le processus dépasse les douze heures. » Du coup, on fait tout pour l'accélérer et le sécuriser avec, parfois, des actions contradictoires.
Les protocoles hospitaliers, souvent le fruit d'habitudes bien ancrées et difficiles à remettre en question, interdisent ainsi à la femme qui accouche de boire et de manger afin d'éviter une fausse route en cas d'opération chirurgicale. Cette interdiction n'a plus vraiment lieu d'être aujourd'hui où les interventions réalisées sur la femme enceinte se font sous anesthésie locale (péridurale ou rachianesthésie). Elle paraît absurde lorsqu'on sait qu'un accouchement demande un effort physique comparable à celui d'un marathon et que l'absence de nourriture et de boisson peut amener à un ralentissement du travail. L'obligation faite aux femmes de rester allongée pendant la durée du travail, généralement pour permettre un bon monitorage, n'aide pas non plus le bébé à descendre. La généralisation de la péridurale, qui accompagne aujourd'hui 70% des accouchements ralentit également le travail, un ralentissement que l'on contre par l'injection d'une hormone de synthèse, l'ocytocine, qui accélère les contractions mais réduit le temps de rétractation de l'utérus entre deux contractions. Or c'est cette rétractation qui fait avancer le bébé vers la sortie ! En outre, l'ocytocine peut causer une souffrance fœtale, ce qui amène à accélérer encore le mouvement en ayant recours à l'extraction instrumentale (forceps, spatules, ventouses) ou à la césarienne.
Cette dernière connaît une croissance exponentielle : selon une étude de la Fédération hospitalière de France, elle représentait 20,1 % des naissances en 2008 contre 10,9 % en 1981. Une hausse que la FHF estime « non médicalement justifiée » et qu'elle impute au secteur privé : sur les quinze établissements ayant le plus fort taux de césariennes, douze appartiennent au privé. Le taux de césariennes dans les maternités privées de niveau I, dévolues aux grossesses normales, est même d'un point supérieur à celui des hôpitaux publics de niveau III, destinés aux cas pathologiques : 21,5 contre 20,5. Dans un cas comme dans l'autre, on dépasse allègrement le taux maximal de 15 % recommandé par l'Organisation mondiale de la santé (OMS). La FHF n'hésite pas à parler de la césarienne comme « facteur de l'organisation des naissances », destiné à « optimiser les coûts de production ». Quant à la césarienne de convenance, 4 à 10 % des futures mamans n'hésiteraient plus à la demander. Or elle reste une opération chirurgicale et le taux de mortalité maternelle, qui est en moyenne de 1/10 000, passe à 3,5/10 000 en cas de césarienne. Elle comporte des risques d'hémorragie, de phlébite, d'embolie pulmonaire chez les mamans et peut causer des problèmes respiratoires et pulmonaires, des allergies ou de l'asthme chez les bébés.
Si la césarienne est emblématique de cette tendance à créer des risques en voulant les réduire, elle n'est pas la seule. D'autres gestes médicaux sont encore trop nombreux alors que leur utilité est fortement remise en question. Ainsi, l'épisiotomie touche 68 % des primipares et 31 % des multipares soit un accouchement sur deux. Taux recommandé par l'OMS : 10 % ! Les déclenchements artificiels mettent en route une naissance sur cinq quand ils devraient, toujours selon l'OMS, n'en représenter qu'une sur dix.
Article de Stéphanie Frank
CRÉÉ LE 17 JUIN 2011
MODIFIÉ LE 30 AOûT 2011


















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