L'apprentissage de l'autonomie est un moment clé de l’éducation d’un jeune enfant. Un moment, ou plutôt une démarche qu’on initie dès la sortie du berceau. Couper le cordon, c'est donner à son enfant toute la force dont il a besoin pour se débrouiller seul. Et si les parents ont parfois du mal à lâcher prise, c'est pourtant en devenant autonome qu'on devient grand.

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Psychanalyste et auteure, Virginie Megglé s'est penchée sur les dépendances affectives dans son ouvrage « Couper le cordon ». Sa pensée s'articule autour des transmissions d'une génération à une autre. Et en ce qui concerne les dépendances affectives, il s'agit justement de ne pas projeter ses carences sur ses enfants. Rencontre avec une spécialiste qui nous explique l'importance de lâcher du lest.
Côté Mômes : Dans « Couper le cordon », vous parlez d'amour excessif. Selon vous, y a-t-il une bonne et une mauvaise manière d'aimer son enfant ?
Virginie Megglé : Non, la meilleure façon d'aimer son enfant, c'est de faire en sorte qu'il se sente bien dans sa peau. On n'aime jamais trop son enfant. Par contre, ce qui peut être excessif, c'est l'expression de cet amour. Là où les preuves d'amour peuvent être excessives, c'est quand elles définissent une demande : quand on dit « je t'aime » parce qu'on a besoin d'être aimé. Ça peut être le cas d'un parent qui souffre lui-même de carences affectives, et qui reporte ce besoin d'amour sur son enfant. Il va l'étouffer d'attentions en en attendant en retour. Le danger, c'est qu'en étant possessif avec son enfant, on peut développer chez lui une dépendance affective.
C.M : Quelle est l'importance de l'affection dans l'éducation d'un enfant ?
V.M. : L'affection pose les bases de l'éducation. Elle rassure, et surtout, est à l'origine de la confiance en soi. En montrant son affection, on donne à son enfant bonne possession de ses facultés. Les marques d'amour sont des gestes désintéressés, elles marquent un temps de repos bienveillant dans la vie de l'enfant. De plus, un enfant qui se sent aimé est plus réceptif aux obligations et à l'autorité.
C.M. : A l'inverse, quand l'affection qu'on porte à son enfant peut-elle devenir toxique ?
V.M. : L'affection peut devenir toxique si elle est empreinte d'une demande. Si par là on lui communique notre manque, notre possessivité, on envoie à notre enfant un message qu'il ne peut pas comprendre : On ne donne pas, on demande. L'enfant ne sait pas pourquoi on reporte notre manque affectif sur lui. Il ne peut pas, et surtout, ne doit pas y répondre. Ce n'est pas son rôle. En conséquence, c'est un rapport de marchandage qui s'installe. Inconsciemment, on fonctionne alors sur le chantage affectif : « Je te donne, parce que je veux recevoir. Si tu ne me donnes pas, je te retire ce que je te donne. » C'est ce rapport à l'affection qui est toxique pour le développement d'un enfant. Et cela se répercute aussi sur les parents : Si le départ d'un enfant du cocon familial est toujours douloureux pour un parent, ça devient un véritable déchirement quand l'enfant comblait un vide.

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C.M. : Un parent qui ne sait pas couper le cordon essaie-t-il de se faire d'abord du bien à lui-même ?
V.M. : Effectivement. C'est inconscient, et rarement verbalisé, mais c'est bien la démarche d'un parent qui refuse de couper le cordon. En même temps qu'on apprend à notre enfant à devenir autonome, on doit réapprendre à le devenir.
C.M. : Y a-t-il des étapes dans l'apprentissage de l'autonomie d'un enfant auxquelles on doit progressivement couper le cordon ?
V.M. : Une fois le cordon ombilical coupé, il y a en effet des étapes initiatiques. Les rites religieux en sont un bon exemple : communion, bar mitzvah... Tous ces rites jouent un vrai rôle dans l'apprentissage de l'autonomie. Lors de chacun d'eux, on apprend à l'enfant qu'il vient de passer une étape de son développement, et avec cette étape vient un lot de nouvelles règles. Religion ou pas, il est important de donner une valeur initiatique à ces étapes. Par exemple, l'entrée à la maternelle (« à partir de maintenant, c'est toi qui boutonne ton pantalon »), l'entrée en primaire (« c'est toi qui prépare ton cartable pour le lendemain »), etc. Et surtout, à chaque petit pas accomplit vers l'autonomie, le parent doit apprendre à ne pas reporter ses peurs. Un enfant qui sent la réticence de sa mère à le laisser se débrouiller sans elle ressentira de la culpabilité et sera freiné.
C.M. : Un conseil ?
V.M. : Quand on devient parent, on oublie qu'on a été enfant. On voudrait que notre enfant réponde à nos attentes, avec toute l'expérience qu'on a acquise... Il est bon parfois, de se rappeler qu'on a eu cinq ans nous aussi. On s'en souvient bien mieux qu'on ne le croit ! Et ça aide notre enfant à passer ces étapes dans la sérénité.
C.M. : Y-a-t-il un âge pour chaque petit défi du quotidien ?
V.M. : Dans les petits défis du quotidien, c'est surtout aux parents d'être attentifs aux besoins d'autonomie de leur enfant. On ne peut pas donner d'âge type pour chaque étape : certains enfants marchent à un an, d'autres à dix-huit mois. Ce n'est pas une compétition ! Mais il faut être réceptif. Le problème, dans notre société actuelle, c'est qu'on a le temps de rien. Par exemple, une maman qui veut laisser son enfant faire ses lacets le matin va essayer quelques jours, mais si elle est en retard tous les matins elle va finir par le faire elle-même ! Pour le passage à la maternelle, c'est pareil : « c'est toi qui boutonne ton pantalon le matin », sauf que si on n’a pas le temps de laisser faire son enfant, on va finir par mettre des scratch partout. Il faut essayer autant que possible de laisser le temps à son enfant de faire son apprentissage.
Article de Clarence Edgard-Rosa
CRÉÉ LE 17 JUIN 2011
MODIFIÉ LE 29 AOûT 2011


















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