Fort d’une expérience de plus de trente ans, le psychanalyste Philippe Jeammet dresse le portrait des « nouveaux parents », un peu perdus face à l’autorité et aux valeurs traditionnelles.

© Catherine Yeulet
Côté-Mômes : D’après vous, le rôle qui était autrefois dévolu au père de famille n’est plus assumé par personne. Il n’y a plus d’autorité ?
Aujourd’hui, les parents ont le sentiment d’une perte de légitimité. Aujourd’hui, on attend des enfants qu’ils nous confirment le bien fondé des mesures que l’on prend : « Tu es bien d’accord avec moi ? », on cherche à convaincre. C’est mettre l’enfant dans une position intenable, comme si c’était à lui de juger ce qu’est une bonne éducation ! Lui laisser le choix d’aller au lit par exemple, le met dans une situation intenable : il est fatigué mais veut encore participer. Pareil pour la télévision : les enfants l’ont souvent dans la chambre et l’arrête quand ils veulent. Attention à ne pas inverser les rôles : ce sont les parents qui décident.
Regrettez-vous un manque de sévérité ?
Non. Dans le temps, beaucoup d’enfants étaient écrasés par des règles trop strictes, et c’est bien qu’aujourd’hui il y ait plus de liberté. Mais certains parents ont du mal à ne penser qu’en fonction du bien de l’enfant, et du coup ils ont du mal à l’aider à surmonter ses peurs, ses appréhensions et tous ses débordements émotionnels. Eux même cherchent avant tout à se faire aimer. L’éducation doit se faire en vertu de règles dont le fondement est l’intérêt de l’enfant. Pour se développer, l’enfant doit être capable de se séparer de ses parents, de prendre confiance en lui, de comprendre que l’on n’a pas toujours ce que l’on veut, qu’on peut s’ennuyer sans que cela devienne un drame… Toutes ces choses ne sont pas spontanées, elles nécessitent une éducation.
Selon vous, les parents d’aujourd’hui sont plus motivés que jamais pour réussir l’éducation de leurs enfants, mais ils ne savent pas trop s’y prendre…
En étant moins contraint par des règles imposées, les parents sont beaucoup plus libres. Résultat, ils ne savent pas quoi faire ! Les parents cherchent des repères. Il les trouve parfois dans les traditions, parfois dans leurs propres convictions, mais certains ne trouvent pas et sont perdus. Aujourd’hui, on voudrait faire fonctionner tout le monde sur le modèle des bobos du 5ème, ce n’est pas possible. Il y a un manque de cohérence du côté des humains, on avance un peu comme un canard sans tête.
Vous insistez sur l’importance de transmettre à l’enfant des valeurs, la sienne notamment.
Je pense qu’on ne peut pas se passer de valeurs, c’est grâce à elles que l’homme s’est débarrassé du poids des instincts. Les enfants cherchent à déterminer leur valeur, ils sont très tributaires du regard des autres. Un enfant qui dit n’avoir aucune valeur en a une. Nous sommes en attente. Les marques l’ont bien compris, avec des slogans comme « vous le valez bien ». Les enfants doivent sentir que les parents croient en leurs capacités. On a cette chance d’être vivant, il faut s’en servir pour développer des compétences, en respectant les gens et le monde qui nous entoure.
Article de Nicolas Sykas
CRÉÉ LE 17 MAI 2010
MODIFIÉ LE 23 MAI 2010















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