
Côté Mômes : Il y a différents types de mères d’infanticides, selon que l’enfant soit un nouveau-né ou pas. Que peut-on dire des mères qui tuent leurs enfants à la naissance ?
Serge Hefez : Les mères infanticides sont des mères qui n’ont pas investi l’enfant comme une personne, comme étant un bébé potentiel, un être vivant. Parfois, elles ont fait un déni de grossesse mais pas toujours. Elles peuvent avoir reconnu leur grossesse mais, pendant tout ce laps de temps, elles sont quasiment dans des positions de déni parce que elles ne se sentent pas porteuses d’un projet d’enfant. A partir de là, cet enfant, c’est comme s’il n’existait pas. Ce qui induit qu’après le naissance, elles peuvent tout à fait l’abandonner dans une poubelle, le mettre dans un sac en plastique, bref, le traiter comme un déchet. Parce que de fait, pour qu’un bébé existe pour une mère, il faut qu’elle l’ait investi comme tel.
Côté Mômes : Y a-t-il des femmes qui tuent « par amour », qui passent à l’acte en se disant qu’elles vont éviter à leur enfant de souffrir d’une séparation difficile, d’une maladie, d’une situation économique précaire?
Serge Hefez : Bien sûr, mais je dirais qu’à la base de toutes ces situations, il y a toujours un peu la même chose. Il y a quelque chose de très compliqué dans le fait de mettre un enfant au monde, pour toutes les mères, quelles qu’elles soient. Quelque chose passe d’une partie de soi, de son corps, pour se détacher et devenir quelqu’un d’autre. C’est une expérience très très bouleversante. Il est très fragile, ce moment de bascule où l’enfant n’appartient plus à la mère en tant que telle mais devient un être humain à part entière. Toutes les mères font ce travail psychique de détachement au moment de la naissance. Mais pour que ce travail ait lieu, il faut que, bien avant la naissance, et même souvent bien avant la conception, les mères aient investi l’enfant à venir d’un tas de qualités et de caractéristiques d’être humain, qu’elles aient eu, comme on le dit aujourd’hui, un projet parental qui permet de façonner quelqu’un dans son esprit.
Article de Anne-Claire Thérizols
CRÉÉ LE 20 NOVEMBRE 2009
MODIFIÉ LE 02 DÉCEMBRE 2009




















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