
Ils avaient à Paris une vie agréable, une situation financière enviable. Mais leur couple battait de l’aile, ils se croisaient à peine et ne voyaient quasiment plus leurs enfants. Au bord de l’explosion, Christiane et Jean-Luc ont décidé de lever le pied, ailleurs. Pour le bonheur de tous !
« J’ai quitté la capitale il y a deux ans pour l’Isère avec mari et enfants. Nous avons tous les deux une profession libérale et avons pu nous réinstaller sans trop de souci et nous refaire une clientèle, certes moins importante mais qui suffit à nous faire vivre très correctement puisque, par ailleurs, nous cultivons nos légumes et dépensons beaucoup moins pour des choses futiles. Partir, c’est vrai que ça implique une réforme intérieure profonde. Il faut être prêt à lâcher la consommation à gogo, les apparences, et surtout se dire que l’on n’arrivera pas en territoire conquis, comme certains qui ont tendance à se comporter comme des « usagers » de la campagne, sur un mode de consommateurs. Il faut accepter de vivre de façon plus sensorielle qu’intellectuelle, ne pas avoir peur d’être parfois plus contemplatif qu’actifs et savoir se satisfaire de petits bonheurs simples : le chant continu d’un ruisseau, l’odeur d’un feu de cheminée, la langage du vent dans les arbres. Effectivement, les autochtones sont méfiants, il faut les apprivoiser. Mais une fois que vous établissez un vrai contact, il est beaucoup plus enrichissant, en tout cas pour nous, que ce que nous connaissions à Paris, qui tenait plus de la mondanité que de l’amitié vraie. Nous avons vraiment gagné en qualité de vie et ne reviendrions à Paris pour rien au monde. En plus, nous sommes tout prêt des stations de ski ! Bon, pour l’instant, nos enfants ont 4 et 6 ans, ils se sont fait des copains… Peut-être qu’à l’adolescence, ils s’ennuieront ici mais on a le temps d’y penser ! »
Ils vivaient dans l’Oise, en région parisienne, et, même si leur maison était en pleine nature, ils rêvaient de vraie campagne. Ils ont donc choisi la Creuse… Le calme absolu… Un peu trop !
« C’était un vieux rêve que nous avions, mon mari et moi. Quelle déception ! Nous nous sommes retrouvés dans un coin où les gens sont peu bavards, plutôt fermés, avec l’impossibilité de nous faire de nouveaux amis. Pas de lien social, pas de services : impossible de trouver des structures d’accueil pour les enfants en bas âge à moins de 20 kilomètres… Et je n’ai pas de voiture dans la semaine. Résultat : mes enfants, de 2 ans et demie et 1 ans, passaient leurs journées entières avec leur maman, sans contacts avec d’autres enfants de leur âge et ils n’ont pas acquis de bonnes bases de langage malgré mes efforts ! Quant à l’accès à la culture, n’en parlons pas : pas la moindre librairie, pas l’ombre d’un cinéma ou d’un musée à moins de 45 kilomètres. Quand on est une femme, c’est encore plus dur : pour peu que vous vous habilliez un peu tendance, on vous regarde de travers. Alors, au final, on devient une campagnarde mal dans sa peau et qui déprime. Et là, pas la peine de chercher un psy, c’est une denrée trop rare ! Quant à la « vraie nature », les cours d’eau ici sont bien plus pollués que dans notre région d’origine et les gens ne veulent pas entendre parler d’écologie. Pour eux, c’est un truc de parigots bobos ! Quant à l’aspect financier des choses, il n’est pas plus positif : ce que vous gagnez en loyer, vous le perdez en frais de déplacements. Nous dépensons 300 euros par mois pour nos trajets. Je crois que quand on veut s’installer à la campagne, il faut vraiment y réfléchir à deux fois et bien étudier tous les aspects, surtout si on a des enfants. Dans des coins reculés comme ici, il n’y a aucun avenir et on est loin de l’insouciance de la famille Ingalls ! Nous préparons notre retour en région parisienne avant de mourir su place !»
Article de Anne-Claire Thérizols
CRÉÉ LE 11 DÉCEMBRE 2009
MODIFIÉ LE 16 FÉVRIER 2012




















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