En Provence les festivités commencent le 4 décembre, jour de la Sainte-Barbe, puis continuent tout au long de la période dite "Calendale" jusqu’à la Chandeleur (le 2 février). Une succession de traditions, de fêtes, de rites et de coutumes plus ou moins suivies selon les villages et les familles.

Le 4 décembre, chaque famille fait germer des graines de blé dans trois soucoupes couvertes de coton humide (presque toutes les boulangeries vendent de petits sachets de blé au profit d'œuvres caritatives). Pour nos aïeux paysans, le symbole est d’importance : si les tiges poussent droites et vertes, l'année sera prospère... Ces petits champs miniatures prendront place ensuite dans la crèche familiale puis sur la table du réveillon.

Pour préparer la crèche, de nombreuses foires aux santons sont organisées dans toute la Provence dès la mi-novembre. Le santon (du provençal "santoun", petit saint) est une figurine en argile créée à la main. Chacune représente des petites gens et des métiers aujourd’hui disparus comme le rémouleur (aiguiseur de couteaux), la marchande d’escargots, le meunier, le berger, le bohémien….et le fameux « ravi » aux bras en l’air (le simplet du village). Tous se dirigent vers l’étable où Marie et Joseph, l’âne et le bœuf attendent la naissance du petit Jésus...
Présente dans toute la Provence, la tradition de la crèche aux santons est particulièrement forte dans les Bouches-du-Rhône. Dans le courant du mois de décembre, chaque famille ressort du grenier les boîtes en carton qui contiennent les santons de la crèche, puis part en promenade dans la garrigue ramasser de la mousse, des branches de houx et des brins de thym afin de reconstituer l’ambiance d’un village provençal avec ses maisons, son moulin, son puits…
Les santons patienteront dans ce paysage jusqu’au 24 décembre minuit, où le petit Jésus ira alors rejoindre sa couche entre Joseph et Marie. Il existe à l’heure actuelle une centaine d'ateliers de santons entre Marseille, Aubagne, Aix en Provence et Arles.
Le "petit souper"
Autrefois, un « petit souper » rassemblait la famille vers 19 heures. Au menu : bouillon de poule dans lequel nagent de grosses nouilles dentelées, morue poêlée aux oignons et aux olives, chapon ou oie bien dodue farcie de truffes ou de pruneaux, accompagné d'un gratin de blettes confit au four avec le jus de la volaille, d’une salade d'hiver parsemée de croûtons à l'ail et d’une tarte à la courge. Entre les plats tous entonaient des noëls provençaux centenaires, et les bons conteurs racontaient la « pastorale » (l'histoire de la Nativité), le tout entrecoupé d'anecdotes fleurant bon le terroir !
Le "Cacho Fio" ou embrasement de la bûche de Noël
Ici aussi il s'agit d'une tradition ancienne : avant de sortir pour assister à la Messe de Minuit, le plus vieux de la tablée avait l'honneur de bouter le feu, c'est-à-dire d'allumer la bûche de Noël. Il arrosait trois fois de suite la souche de bois, toujours tirée d'un arbre fruitier (poirier, cerisier ou olivier), avec du vin ou de l'huile d'olive, avant de la déposer dans le foyer et d'y « Bouta Cacho-fio », d’y mettre le feu, en prononçant la phrase rituelle :
« A l'An qui vient, si li sian pas mal (A l'An prochain, si nous n’y sommes pas plus), qué li sieguen pas mén (que nous n'y soyons pas moins) ».
La tradition complète veut qu’avec le plus jeune de la famille, il prenne alors la bûche et tourne trois fois autour de la table avant de la déposer dans l'âtre. La bûche allumée, la veillée calendale pouvait commencer… Jadis la cendre de la bûche du cacho-fio était recueillie car elle protégeait des maladies et protégeait les récoltes des intempéries.

La messe de Minuit.
En 2009 encore la messe sera dite en provençal dans quelques villages, et il y a aura des crèches vivantes où les personnages sont représentés par les habitants du village costumés : la Sainte famille (Jésus, Marie, Joseph), les Rois Mages et les bergers. Vous pourrez aussi assister au rituel de la cérémonie du Pastrage : un agneau nouveau-né est apporté en offrande (mais on ne lui fait aucun mal) dans une charrette décorée, garnie de paille et feuillages, ou dans les bras des bergers qui sont venus à l'église en procession après avoir traversé les collines.
Certaines messes de minuit attirent ainsi beaucoup de monde, comme à Allauch, Saint-Rémy-de-Provence, Tarascon, Saint-Michel de Frigolet, Barbentane, Fontvieille et Rognonas. Une pastorale peut accompagner la messe : c'est une représentation de la Nativité théâtralisée, chantée et parlée en provençal par des personnages costumés en habits provençaux. La Pastorale la plus répandue est celle de Maurel mais il en existe 250 versions différentes, qui racontent des histoires de village et de traditions de Noël.
Au sortir de la Messe de Minuit, il est coutume de distribuer des fougassettes niçoises (à ne pas confondre avec la fougasse) - un pain brioché tressé, parfumé à la fleur d'oranger et au safran, parfois farci de cédrat confit. Partout vous entendrez des chants de Noël provençaux, pour célébrer ce moment sacré certains seront accompagnés de flûtes et tambourinaires.
Article de Gaëlle Desportes
CRÉÉ LE 14 DÉCEMBRE 2009
MODIFIÉ LE 16 DÉCEMBRE 2009



















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